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Célestin Simard : de la broue dans le toupet

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Lorsqu’il arrive dans la place, en saluant les lève-tôt, Célestin Simard a déjà une bonne tranche de sa journée derrière lui : à 2 h du matin, il montait dans sa voiture pour venir régler un bogue informatique sur la caisse. Blogue
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Célestin Simard : de la broue dans le toupet

Célestin Simard : de la broue dans le toupet

Le soleil de neuf heures cogne dans les vitrines des commerces, s’assurant de libérer tout ce que la nuit cherche à garder pour elle. On pense que le Super Bar sera désert, encore éméché de sa veille, mais non. Trois personnes sont accoudées au bar, qui devant un café filtre, qui devant une bière en fût.

« Salut mon Jack ! Salut mon Bob ! Salut, p’tit Gilles ! »

Lorsqu’il arrive dans la place, en saluant les lève-tôt, Célestin Simard a déjà une bonne tranche de sa journée derrière lui : à 2 h du matin, il montait dans sa voiture pour venir régler un bogue informatique sur la caisse.

Un bar ne dort jamais bien longtemps. Un propriétaire de bar non plus. En neuf ans, soit le temps passé depuis qu’il a remis son blason du ministère des Transports pour acheter l’établissement de la rue Lafontaine, le tenancier ne cumule pas plus d’un mois de vacances.

Y a-t-il des aurores où il regrette d’avoir abandonné sa permanence en acier renforcé et ses conditions bétonnées de chef d’équipe sur les chantiers routiers ?

« J’avais une super job. J’étais sûrement le fonctionnaire le plus heureux de la Terre, mais il n’y a rien qui me manque de cette vie-là. Je suis peut-être bizarre, mais je n’éprouve jamais de regrets. Je ne suis pas un sentimental », admet cet homme volubile, qui porte un prénom d’ange mais la corpulence d’un videur à l’heure du last-call.

Acheter la bière... et le bar
C’est par un pur hasard que le mécanicien et soudeur a tourné le dos à sa première carrière de 22 ans, en 2010, pour aller vendre de la p’tite frette.

Avant les Jack, Bob et p’tit Gilles, c’est lui qui sirotait une blonde au comptoir du Super Bar par une journée bien ordinaire, quand l’un des actionnaires est venu lui piquer une jasette. En quelques gorgées, la discussion a pris un virage inattendu. Une fois son verre vide, il n’allait pas seulement acheter 20 onces de lager, mais l’édifice au complet.

Un an plus tard, il se payait L’Hôte Bar, un autre temple du houblon, situé à quelques pas de là.

Le natif de Cacouna a commencé à décapsuler des bouteilles au moment où l’industrie des débits de boisson entrait en profonde transformation. Il a constaté, à la dure, que les habitudes ont changé depuis sa jeunesse, alors qu’il écumait les bars de village avec ses amis. Aujourd’hui, les Y dégustent leur bière - développée artisanalement par un microbrasseur - à la maison, et les adultes courent des marathons et dépensent leur pognon pour manger des tartares de thon.

« Le secteur des bars est en chute libre. Pas en décroissance, en chute libre, constate cet ancien conseiller municipal, reconnu pour son franc-parler. Les gens ont moins d’argent et ils vont le dépenser ailleurs. Et l’été, même s’il fait toujours beau, le touriste va chercher une microbrasserie ou un resto-bar. Moi, je vends juste de la bière. Il faut s’adapter à ce nouveau mode de vie. »

Affronter le déclin

Pour chercher à compenser l’inexorable déclin du pichet, Célestin Simard a investi plus d’un million de dollars dans l’aménagement de deux salles de réception dans l’édifice. L’entrepreneur mise maintenant sur les réservations de groupes pour remplir sa caisse.

« J’ai voyagé dans quelques autres régions du Québec. Le problème de clientèle est partout le même. J’ai trouvé des idées à importer, mais la pénurie de main-d’œuvre ralentit mes ardeurs », explique le tenancier, aussi verbomoteur en personne que sur les réseaux sociaux. Cet été, il s’est équipé d’un tournebroche pour servir du méchoui sur sa terrasse. Il songe maintenant à lancer une série de galas folkloriques pour dynamiser ses dimanches après-midi.

Cette figure imposante de la rue Lafontaine caresse également de mystérieux projets pour l’emplacement de l’ancien restaurant Ti-Coq, sur lequel il érigera une nouvelle bâtisse d’au moins trois étages.

Et L’Hôte Bar ? « Je le laisse aller. Une journée, je vais me lever et je vais le fermer. J’ai des idées ambitieuses pour ce local, mais je peine à recruter cinq employés. Comment pourrais-je en embaucher 30 ? » s’interroge le propriétaire, réaliste, alors qu’il vient de perdre sa serveuse avec le plus d’années d’ancienneté.

Sa fille à la rescousse
S’il a dû encaisser le départ d’une précieuse employée, Célestin Simard a heureusement réussi à en recruter une autre avec autant de valeur. En avril dernier, sa fille de 24 ans l’a rejoint dans l’entreprise. Après avoir étudié en finances à Québec, sa Karine est revenue à Rivière-du-Loup pour passer un an à son bras droit.

« Je savais qu’elle serait bonne, mais elle est deux fois meilleure que ce que je pensais, constate fièrement Célestin Simard, peut-être un peu plus sentimental qu’il le dit. Quand elle était petite, au retour de l’école, je lui disais : Va te changer, papa a besoin de toi ! Elle détestait ça, mais elle m’en remercie aujourd’hui. Elle se débrouille bien dans tout. »

Le papa espère bien sûr que sa fille s’engagera avec lui à long terme. Après son stage, elle décidera si elle reste pour assurer la relève.

« Si elle restait, je pourrais penser plus à moi. J’aimerais maigrir, pour soulager mes problèmes de dos. J’aimerais aussi retourner dans ma shop faire de la soudure. Je veux voyager », énumère celui qui a pris l’avion pour la première fois, le printemps dernier, pour célébrer ses 50 ans à Punta Cana.

« Je ne m’imagine pas à la retraite. Je me connais. Je ne serais pas capable de ne rien faire ! »

La broue dans son toupet, il ne la laissera pas sécher.

Que Jack, Bob et les autres soient rassurés.

Célestin Simard et sa fille, Karine.
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Laura Martin

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