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Depuis ma naissance, ma vie tourne autour du centre-ville. Comme la Terre rôde autour du Soleil, sans se poser de questions, j’ai fait des centaines de révolutions autour de la rue Lafontaine. Si je m’éloigne un peu ou beaucoup pour aller voir si l’air d’ailleurs goûte meilleur, la loi de l’attraction finit par me ramener dans le creux de ses hanches asphaltées.

Ça peut s’appeler de l’amour.

Semblable à celui d’un enfant pour sa mère. Parce que j’ai connu plusieurs autres naissances entre les longs bras de ma Lafontaine.

Comme tout Louperivois pure laine, plusieurs des moments charnières de ma petite existence ont été campés entre la tête et le bassin de cette colonne vertébrale, tordue par quelques déviations. Si je devais planter un drapeau à chaque endroit où je me suis fabriqué un souvenir important, la rue partirait au vent. Si on devait tourner mon biopic, il faudrait bloquer un large quadrilatère pendant trois mois, entre Fraser et Fraserville, pour parvenir à mettre en boîte les scènes-clés.

Rue Lafontaine (Photo : Patric Nadeau)
Rue Lafontaine (Photo : Patric Nadeau)

Scène 1 : mon premier rendez-vous romantique. J’allais rejoindre un garçon plus vieux au Cinéma Princesse pour un nanar de Jean-Claude Van Damme. Papa était venu me reconduire à la porte. Un peu plus, et il embarquait sur le trottoir avec son bazou familial plaqué en bois. Il était plus nerveux que moi. Je ne me rappelle aucun combat de kung-fu, mais le gars m’avait rappelée.

Scène 2 : ma première rencontre avec la mort. L’incompréhension devant ma grand-mère, assoupie dans une étrange boite matelassée et bordée de fleurs, au salon funéraire, tout près de l’église. Pourquoi ne se réveillait-elle pas, malgré les jacasseries de ces personnages en noir et gris qui voulaient me serrer la main ?

Scène 3 : ma robe de bal. Ma sœur avait dessiné le patron, en s’inspirant de la robe de la gagnante du concours de mannequins de Filles d’aujourd’hui. La couturière l’avait taillée sur mesure. Je me suis sentie comme une femme pour la première fois quand j’ai glissé sur moi le satin froid dans la cabine du petit commerce.

Scène 4 : ma première brosse. Sans commentaires. De toute manière, elle doit ressembler à la vôtre.

Scène 5 : mon premier emploi d’été. Partie étudier de l’autre côté des montagnes, j’avais migré vers le sud pour les vacances pour participer à l’ouverture du Saint-Émyle, un bistro dans le Château Grandville. Le resto n’a pas marqué les annales locales, mais cet été-là, c’était le talk of the town. Comme à chaque ouverture de resto. Toute la ville se bousculait pour venir essayer nos tabourets et nos frites. Mes pourboires ont payé ma deuxième année de cégep.

Scène 6 : ma première rencontre avec l’Amour. Des regards en coin jetés sur la terrasse chauffée de La P’tite Gare. Le cœur qui tambourine en accéléré. Les jambes qui fondent comme une crème molle en juillet. La foudre qui tombe dans la nuit sans nuages.

Scène 7 : ma première sortie mère-fille. Un peu pour aider ma coccinelle à faire dodo dans son hamac roulant. Un peu pour ramener l’aiguille de ma balance vers la gauche. Je suis partie du parc Cartier, les bottes Sorel affamées, prêtes à dévorer toutes les côtes. Quand je suis arrivée au Carré Dubé, la puce dormait à pouces fermés dans sa poussette et j’étais trempée jusqu’aux os.

Maintenant, je vis moins de premières fois qu’avant au centre-ville. C’est normal. Mais je continue de tourner autour de son cœur par amour, sans me poser de questions.

Il y a le millième cappuccino bu en observant à la dérobée la faune urbaine et en m’étonnant encore, dans cette petite cité, de croiser toujours de nouveaux sourires.

La centième chaussure, la centième robe, le centième bijou acheté, en me convainquant que je n’en ai pas assez.

Le dix millième fou rire déclenché par les copines, au-dessus d’un tartare ou d’un calmar.

Le millionième pas de course, franchi dans le trafic, pour me changer des cailloux des sentiers et me sentir propulsée par la vibration urbaine.

Je vis moins de premières fois au centre-ville qu’avant, mais je savoure chaque nouvelle fois comme si c’était la dernière. Celle-là aussi, quand elle arrivera, je veux la vivre dans ses bras.

De grâce, quand vous serez prêt à tourner cette scène, ne me le dites pas.

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Laura Martin

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